MARCUS
MALTE

biographie

 
 
 

Presbytère

Un p oème de Marcus Malte publié dans Mot compte double (blog.lemonde.fr)

mot compte double

Presbytère

Marcus Malte

 

Il entre d’un pas sûr dans l’antre du curé

Comme s’il venait de Rome

Au mur l’ombre portée d’un bougeoir à deux branches

Trace une paire de cornes

Il est cinq heures du soir

L’homme a les joues creusées et l’œil démesuré

D’une bête qui s’enfonce

Il porte à l’oreille gauche une boucle dorée

Une tête de licorne

Est tatouée sur son cou

Deux poings osseux et gris comme deux roches de lune

Dépassent de ses manches

Dans l’une de ses mains il tient une arme blanche

Et par intermittence

Le soleil qui décroît lance des éclats roux

Sur la lame argentée

.

Au fond du presbytère le père s’est figé

Il fixe l’inconnu

Vagabond se dit-il âme errante venue

Assouvir sa colère

Et réclamer son dû

Ils sont nombreux ceux qui vacillent ces temps derniers

Il a souvent pensé à eux

Il a fait des prières il a fait des sermons

Et tous ces vœux Seigneur

Seigneur que faites-vous Seigneur qu’attendez-vous

Sur la Terre comme aux cieux

Seigneur souvenez-vous

Au bout du bras du Père l’encensoir se balance

Le vieil homme n’a pas peur

C’est le cœur de l’hiver et c’est l’heure où ressortent

Toutes sortes de loups

.

Mon père notre père le grand mystère ici-bas

Il va enfin savoir

L’encensoir est tombé avec un bruit de fer

La dalle est froide contre son front

Rouge est le sang du Christ rouge le soleil couchant

En parfaite harmonie

La croix sur sa poitrine qu’il serre dans sa main droite

Seigneur pardonnez-nous

L’inconnu se retire comme il était venu

Emportant avec lui pour unique butin

Une boîte de biscuits

Un demi-litre de vin

Et ce parfum d’encens qui le suivra partout

..

© Copyright Marcus Malte 2009

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