Presbytère
Marcus Malte
Il entre d’un pas sûr dans l’antre du curé
Comme s’il venait de Rome
Au mur l’ombre portée d’un bougeoir à deux branches
Trace une paire de cornes
Il est cinq heures du soir
L’homme a les joues creusées et l’œil démesuré
D’une bête qui s’enfonce
Il porte à l’oreille gauche une boucle dorée
Une tête de licorne
Est tatouée sur son cou
Deux poings osseux et gris comme deux roches de lune
Dépassent de ses manches
Dans l’une de ses mains il tient une arme blanche
Et par intermittence
Le soleil qui décroît lance des éclats roux
Sur la lame argentée
.
Au fond du presbytère le père s’est figé
Il fixe l’inconnu
Vagabond se dit-il âme errante venue
Assouvir sa colère
Et réclamer son dû
Ils sont nombreux ceux qui vacillent ces temps derniers
Il a souvent pensé à eux
Il a fait des prières il a fait des sermons
Et tous ces vœux Seigneur
Seigneur que faites-vous Seigneur qu’attendez-vous
Sur la Terre comme aux cieux
Seigneur souvenez-vous
Au bout du bras du Père l’encensoir se balance
Le vieil homme n’a pas peur
C’est le cœur de l’hiver et c’est l’heure où ressortent
Toutes sortes de loups
.
Mon père notre père le grand mystère ici-bas
Il va enfin savoir
L’encensoir est tombé avec un bruit de fer
La dalle est froide contre son front
Rouge est le sang du Christ rouge le soleil couchant
En parfaite harmonie
La croix sur sa poitrine qu’il serre dans sa main droite
Seigneur pardonnez-nous
L’inconnu se retire comme il était venu
Emportant avec lui pour unique butin
Une boîte de biscuits
Un demi-litre de vin
Et ce parfum d’encens qui le suivra partout
..
© Copyright Marcus Malte 2009
. |